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FacMaton : Dr. Cloé Brami

Portraits

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26/11/2018

Le Dr. Cloé Brami de la faculté termine son clinicat de cancérologie à l’Hôpital Européen Georges Pompidou et débute un doctorat sur les sciences de l’apprendre au CRI rattaché à l’université Paris Descartes et au laboratoire LATI. Cette année, en parallèle, elle a créé un nouvel enseignement complémentaire obligatoire intitulé « pleine conscience et médecine » sous la coordination du Pr. Cédric Lemogne. 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 

J’ai eu un parcours académique assez classique mais parsemé de rencontres, d’échanges universitaires (dès mon externat), et de formations complémentaires. En 2002, à 17 ans, je devenais officiellement étudiante en médecine rue des Saint-Père à Paris Descartes. Je me suis toujours sentie très chanceuse d’avoir étudié dans cette faculté malgré l’exigence que cela me demanda car des bases solides m’avaient été transmises. J’étais une étudiante scolairement moyenne mais très déterminée et passionnée par la clinique. Après l’ECN en 2009 j’ai quitté Paris pour faire un internat de cancérologie médicale à la faculté de Reims. M’éloigner de mon confort pour me poser les vraies questions concernant ce que je voulais être a été une des plus belles expériences pédagogiques. J’ai vécu à Reims un internat très collaboratif à échelle humaine et en communauté avec des internes de spécialités différentes ce qui a déclenché mon attrait pour l’interdisciplinarité. Très vite dans mon cursus d’internat je me suis orientée vers la notion de relation humaine en santé, de qualité de vie et d’accompagnement par les soins palliatifs puis par ce qu’on nomme la médecine intégrative en cancérologie. Avec le soutien de la faculté de Reims et du Professeur Goldwasser à Paris Descartes, je suis partie faire un inter-CHU en 5 eme semestre d’internat au MSKCC à New York dans un département de cancérologie intégrative qui développe la recherche, l’enseignement et le soin en lien avec les médecines dites complémentaires en cancérologie pour la gestion des effets indésirables. Ma posture d’observateur - puisque je ne pouvais prescrire aux États-Unis – m’a permis de redécouvrir l’horizontalité dans la relation médecin-malade.  Ainsi dans le panel des outils proposés pour la prise en charge des symptômes en cancérologie je découvrais la pleine conscience mais aussi un modèle possible alliant qualité de vie en cancérologie et valorisation par la recherche. Cela parait étrange aujourd’hui mais en 2011 nous étions au début de ce qu’on nomme aujourd’hui en France les soins de support. En 2013 j’ai croisé l’association pour le développement de la pleine conscience et le Dr Jean-Gérard Bloch à l’université de Strasbourg pour intégrer la deuxième année du « DU médecine, méditation et neuroscience ». Depuis je continue de créer des ponts entre les sciences modernes et contemplatives et suis le cursus d’instructeur de pleine conscience. L’an dernier j’ai intégré le CRI via un DU intitulé CREER qui donne l’opportunité de développer un projet personnel mélangeant créativité recherche et entreprenariat et je me suis rendue compte que la pédagogie était un pilier pour la prévention en santé. Aujourd’hui je termine mon clinicat de cancérologie à l’Hôpital Européen Georges Pompidou et j’ai envie d’aller vers la prévention en santé en cancérologie et en générale. Dans ce cadre je débute un doctorat sur les sciences de l’apprendre au CRI rattaché à l’université Paris Descartes et au laboratoire LATI sur la notion d’intelligence émotionnelle et de bien-être dans l’apprentissage de l’exercice médicale par la pleine conscience. En parallèle cette année nous avons créé un nouvel enseignement complémentaire obligatoire intitulé « pleine conscience et médecine » dont je suis responsable sous la coordination du Professeur Cédric Lemogne. Pour moi c’est très symbolique sur un plan philosophique car c’est aussi réintroduire « le corps et l’esprit chez Descartes ».

Vous avez présenté récemment au cocktail pédagogique de la faculté votre projet destiné aux étudiants « Pleine conscience et Médecine », en quoi consiste-t-il ? 

La « pleine conscience » ou méditation de pleine conscience est un type de méditation qui consiste en un entrainement de l’attention à l’expérience du moment présent sans jugement. Elle est en lien avec un programme de réduction du stress développé par Kabat Zinn à la fin des années 70 aux États-Unis, le programme dit MBSR (Mindfulness-Based Stress Reduction). Celui-ci a montré des bénéfices cliniques notamment dans la réduction du stress, de l’anxiété, des troubles du sommeil et des douleurs chroniques. Le développement de l’IRM fonctionnel et des neurosciences permettent progressivement de comprendre les mécanismes sous-jacents. Un programme plus récent dit MBCT (Mindfulness-Based Cognitive Therapy) utilisé en psychiatrie dans la prévention des rechutes dépressives continue de montrer des bénéfices cliniques en psychiatrie. L’Hôpital Saint-Anne, grâce à Christophe André, était un des centre pionnier en France. Depuis 2017, la Haute Autorité de Santé (HAS) reconnait la pleine conscience comme outil d’aide à la prévention du burnout. 

Plus concrètement dans cet enseignement il s’agit de définir et de contextualiser la pleine conscience dans le soin en s’appuyant sur la théorie via l’evidence-based medecine et d’y associer des temps de pratiques sans lesquels la notion de pleine conscience ne peut être comprise.

Comment s’est-il mis en place ? 

J’avais envie de proposer aux étudiants de Paris Descartes de découvrir la pleine conscience dans un contexte de soin puisque cet enseignement était déjà proposé en France dans d’autres facultés. J’ai lu un livre «  Mindful Medical Practicionners » écrit par Dobkin Patricia et Hassed Craig des pionniers dans la mise en place de cours dédiés à la pleine conscience en médecine depuis plus de 20 ans aux Canada et en Australie. Ce livre souligne l’importance de s’intégrer au cadre et à la structure, pour ma part l’université Paris Descartes. Cette initiative a été très bien accueillie par les différents professeurs médiateurs jusqu’au professeur Cédric Lemogne qui a permis la concrétisation du projet. Les projets naissent toujours collaborativement et cela s’est encore confirmé avec ce nouvel enseignement. Ainsi c’est un apprentissage mixte expérientiel et théorique qui est ouvert à 40 étudiants de 5eme année pour 20 heures de cours. En construisant le programme pédagogique je me suis inspirée du DU de Strasbourg et des enseignements interdisciplinaires reçus notamment au CRI. En tant qu’enseignants nous tentons d’ouvrir la curiosité et le sens critique des étudiants sur une approches de soins complémentaires s’appuyant sur l’Evidence-Based Medecine.

Quels sont les objectifs de ce projet pédagogique ?

Les objectifs ont été bien précisé :

· Connaitre les fondements historiques des approches basées sur la pleine conscience.

· Connaitre les indications, non-indications et contre-indications médicales des approches basées sur la pleine conscience.

· Appréhender de façon critique le niveau de preuve des approches basées sur la pleine conscience en santé.

· Connaitre les corrélats physiologiques de la pleine conscience grâce par l’apport des neurosciences.

· Faire l’expérience de la pleine conscience comme méthode de réduction du stress psychologique à travers une mise en pratique.

Il a débuté mi-octobre, avec des étudiants volontaires, très curieux et intéressés pour la plupart ayant déjà entendu parlé du sujet mais décontextualisé du soin.

Pour aborder ces objectifs nous avons conçu des modules thématiques. Chaque module est porté par un enseignant utilisant la pleine conscience soit comme outil de soin soit à titre personnel.  Par ailleurs il était important pour moi d’avoir des médecins de facultés différentes pour insister sur cette notion d’interdisciplinarité et d’ouverture. 

Ainsi cette année :

· Le module 1 : « pleine conscience et ses fondements » est abordée par Soizic Michelot, enseignante certifiée de pleine conscience et éducatrice spécialisée et par moi-même.

· Le module 2 : « pleine conscience dans la relation de soin et douleur » est abordée pour la partie relation de soin par le Dr Marie-Aude Piot, psychiatre, PH-U, à l’Institut Montsouris. Puis par le Dr Claire Vulser, anesthésiste et responsable de l’équipe de la douleur de l’HEGP.

· Le module 3 : « pleine conscience dans les maladie chronique : cancérologie, médecine interne et gériatrie » est abordée par le Dr Grégory Baptisa interniste et coordonnateur du centre de mindfulness de Montpellier et moi-même.

· Le module 4 :  « pleine conscience et psychiatrie » est abordée par le Dr Mickael Saada, psychiatre à Marseille, dont la thèse de médecine a été faite en lien avec Guido Bondolfi de l’université de Genève.

· Le module 5 : « pleine conscience et recherches fondamentales» est abordé par le Dr Prisca Bauer, post doctorante avec Antoine Lutz au centre de recherche en neurosciences de l’INSERM de Lyon. 

L’enseignement fait l’objet d’un travail de recherche en lien avec le laboratoire LATI de Paris Descartes.

En quoi l’apprentissage de la méditation de pleine conscience est-elle un atout pour les étudiants, les médecins et les patients ?

C’est un long sujet, et cela dépend du point de vue. Mais très simplement les étudiants en médecine et les internes sont confrontés à un haut risque de burnout mais surtout de haut niveau de stress et d’anxiété en lien avec le stress perçu, l’environnement, et leurs traits de personnalités. Plus nous grandissons dans nos études plus notre aptitude à être empathique décroit. Finalement, nous devenons des médecins moins empathiques et encore plus à risque de burnout en lien avec l’accroissement de l’insatisfaction. Finalement la qualité du soin est remise en cause. Introduire la pleine conscience précocement permettrai peut être de réduire la perception du stress. Il reste à définir les modalités d’évaluation de cet outil à long terme.

L’idée de ce dispositif, alliant pleine conscience et médecine, vous a-t-elle parut évidente ? 

Oui, pour moi c’est un cadeau que la faculté m’offre et offre aux étudiants. J’avais initialement parlé de mon envie de créer un cours sur le sujet au professeur Goldwasser, chef de service de cancérologie à Cochin qui a toujours était très soutenant face à mon attrait pour cette médecine plus intégrative et m’a dit d’écrire un projet. Puis tout s’est co-construit assez facilement.  Mais connaissant Paris Descartes il fallait réfléchir et concevoir un dispositif qui s’adapte au cadre sans dénaturer l’essence du sujet, à savoir la pratique.  Cet apprentissage par l’expérience fait écho à ce qui est enseigné au lit du malade sauf que nous devenons notre outil d’apprentissage.

Avez-vous déjà fait l’expérience de cette pratique dans le cadre de votre travail ? 

En cancérologie l’offre de soin en rapport avec la gestion des effets indésirables à court ou moyen terme est vaste. Pour la pleine conscience nous n’avons pas d’études phares comme la publication du JAMA 2016 pour la prise en charge des lombalgies chroniques. Cependant la plus part des essais contrôlés ont été faits chez des patientes en rémission d’un cancer du sein et souffrant d’anxiété, de dépression ou de fatigue persistante avec un bénéfice significatif de la pleine conscience. A l’HEGP Je n’ai pas réussi à créer des groupes de pleine conscience en cancérologie type MBSR, mais il m’arrive en hospitalisation ou en consultation de proposer cet outil lorsque les patients le demandent pour la prise en charge de symptômes comme l’anxiété. 

La prochaine étape ?

Trouver des financements pour rémunérer les enseignants du module de façon pérenne car certains d’entre eux sont bénévoles pour cette première année, je pense notamment à la fondation Paris Descartes et Sauver la Vie. Et peut être élargir l’accessibilité à un plus grand nombre d’étudiants. Nous proposons au CRI en parallèle un premier programme MBSR pour les étudiants et internes. Je m’interroge sur l’intérêt de coupler enseignement optionnel + programme MBSR dans une démarche de prévention en santé. Et biensure reflechir plus collectivement sur ce sujet.


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