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FacMaton : Dr. Louis-Baptiste Jaunay

  • 8 janv. 2019
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  • Catégorie : Portraits
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  • Auteur : Raphaelle Dalmau
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Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? 

Tout d’abord je note que j’ai commencé par un stage de 3ème dans une petite start-up de jeux vidéo puis j’ai fait un stage de 2nde dans un laboratoire de biologie. A posteriori, ces stages de collège/lycée semblent donc déterminants !

Ensuite j’ai choisi médecine et candidaté en 2ème année à une filière orientée vers la recherche (la filière médecine-science) qui m’a permis de réaliser un Master 2 avant mon externat pendant lequel j’ai étudié la communication entre les cellules du système immunitaire et sa perturbation par le VIH à l’Institut Pasteur.

Cette problématique « systémique » m’a passionné mais aussi fait réaliser que je souhaitais faire un métier avec plus de relationnel que celui de chercheur en laboratoire.

J’ai ensuite découvert la médecine générale en 4ème année de médecine, et j’ai été marqué par l’intensité de la relation entre les médecins et les patients. De plus j’ai pu suivre les débuts de la recherche sur le baclofène chez un de mes maîtres de stage, ce qui m’a permis d’observer comment la recherche en médecine générale peut avoir des applications très concrètes sur la santé des patients.

Aujourd’hui j’exerce en centre municipal de santé à Montreuil où je pratique la médecine générale et l’hypnose médicale, et je suis chef de clinique au Département de médecine générale de Paris Descartes où j’enseigne et j’encadre des recherches notamment sur la relation médecin patient.

Vous avez créé Hygie, une application pour apprendre en s’amusant, destinée aux cliniciens, pouvez-vous nous expliquer son fonctionnement ? 

Hygie est un jeux vidéo pédagogique (en anglais serious game) dans lequel le joueur tient le rôle d’un médecin généraliste qui reçoit des patients en consultation. Chaque consultation donne lieu à un cas clinique court à résoudre, dont la correction est issue de données validées par des revues indépendantes de médecine fondée sur les preuves (evidence based-medicine ou EBM en anglais).

Par exemple, un patient vient vous voir pour la découverte d’une hypertension. Une des questions posées par le jeu est « quel médicament présente la balance bénéfice/risque la plus favorable chez ce patient ? ». La littérature scientifique indépendante apporte une réponse assez consensuelle à cette question mais peu de médecins, qu’ils soient généralistes ou cardiologues, la connaissent.

Le but est d’apprendre en s’amusant, tout en étant confiant envers l’indépendance intellectuelle des données apprises. 

Comment avez-vous eu l’idée de ce jeu pédagogique ? 

Je suis issu d’une génération de médecin qui a vu plusieurs recommandations de la Haute Autorité de Santé invalidées a posteriori pour cause de conflits d’intérêts, ce qui nous a encouragé à rechercher des données validées dans des revues strictement indépendantes de l’industrie pharmaceutiques, comme les revues Prescrire, Minerva, exercer, etc.

Cependant, bien qu’attentifs à garder une indépendance intellectuelle, beaucoup d’internes et de médecins se plaignent de l’austérité des articles de ces revues qui les découragent de les lire. 

De plus j’avais l’impression que je retenais peu les données présentes dans les articles, et que si je les retenais, j’aurais du mal à les ressortir au moment où elles me seront utiles. 

Par exemple, lorsque je lis que la pilule de contraception d’urgence n’est pas efficace chez une femme obèse, je pense avoir peu de chance d’y penser le jour où la situation se présentera à moi. 

C’est aussi le but du jeu : placer l’apprenant dans un contexte qui ressemble à celui de la consultation, c’est augmenter les chances qu’il se remémore les connaissances utiles au moment opportun, ça s’appelle de l’indiçage !

Qui pourra y avoir accès et comment ? 

Le prototype a été conçu à destination de médecins généralistes installés. L’objectif actuel de la deuxième version est d’être adaptée à des médecins et internes de toutes spécialités, de façon libre et gratuite sur internet.

Où en êtes-vous de sa conception ? 

Le prototype a été évalué par un essai randomisé auprès de médecins généralistes maîtres de stages de 14 Universités françaises. 

Il a montré qu’il était plus efficace, plus stimulant et plus apprécié qu’un support pédagogique traditionnel, la lecture d’articles. 

De façon encore plus significative, nous avons observé que les médecins qui avaient joué au jeu avaient d’avantage utilisé les connaissances apprises dans leur pratique, ce qui vient corroborer l’importance de l’indiçage dans l’utilisation des connaissances apprises.

Comment fonctionne son actualisation ? 

L’objectif de la deuxième version est de permettre à chaque médecin-joueur de créer des cas cliniques à partir de ses lectures EBM afin que ceux-ci soient résolus, commentés et notés par les autres médecins-joueurs sur un modèle de « wiki ». Cela pourra permettre de confronter les données brutes de la littérature scientifique au point de vue pratique des médecins généralistes et de favoriser l’intersubjectivité.

L’intersubjectivité, c’est accepter qu’en science il n’y a pas d’objectivité, pas de vérité absolue, que ça soit en physique théorique comme en médecine. Il importe donc de multiplier les points de vue, comme le fait par exemple le site Wikipédia. Il importe aussi que les différents points de vue aient accès à une information non biaisée, c’est pourquoi nous sommes exigeants sur l’indépendance des sources.

Quels sont les objectifs attendus de ce serious game par rapport aux médecins et à leur pratique ? 

Tout d’abord de permettre aux médecins d’actualiser leurs connaissances efficacement à partir de données robustes et de mémoriser celles-ci à long terme afin de mieux soigner leurs patients. 

Ensuite qu’ils puissent accomplir cela en s’amusant.

Enfin, de permettre d’échanger avec d’autres médecins voire de fédérer une communauté de médecins-joueurs réunis autour des thèmes de l’indépendance intellectuelle et du jeu.

Auteur :
Raphaelle Dalmau

Staff

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